Contenu généré par IA : 4 preuves à conserver pour rester défendable
Nicolas Havenith
Manager

En bref
- •Qu'est-ce qu'un filigrane numérique dans un texte généré par IA ? C'est une marque invisible intégrée dans le choix des mots par l'IA lors de la rédaction, permettant à un détecteur de repérer si l'IA est intervenue, sans révéler l'identité de l'auteur ni la nature exacte de son intervention.
- •Quels types d'usages de l'IA peuvent déclencher une détection ? Une restructuration en profondeur ou une traduction réalisée par l'IA peut marquer un texte autant qu'une rédaction entière par l'IA, alors qu'une simple correction orthographique laisse très peu de traces détectables.
- •Que dit l'article 50 de l'AI Act européen en vigueur depuis août 2026 ? Il oblige les fabricants d'IA à marquer leurs contenus et les organisations qui publient sur des sujets d'intérêt public à signaler tout texte généré ou fortement retravaillé par une IA, sauf si un humain l'a relu sérieusement et qu'une personne en assume la responsabilité.
- •Quel est le vrai risque pour une organisation qui utilise l'IA sans précaution ? Le risque principal est d'abord réputationnel, car un texte retravaillé par une IA peut être présenté comme entièrement écrit par elle, et des amendes allant jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial s'appliquent en cas de non-respect.
- •Comment se protéger concrètement ? Il suffit de conserver quatre informations par texte publié : la version rédigée avant l'IA, le nom du relecteur, la date de validation et le nom du responsable de la publication.
Imaginez la scène. Votre équipe publie une prise de position. Un journaliste la passe dans un détecteur, et le détecteur répond : « Ce texte est passé par une IA. » Ce n'est plus de la science-fiction, c'est possible depuis cet été. Et il y a un détail qui change tout : le détecteur ne sait pas si l'IA a écrit votre texte ou si elle l'a juste remis en ordre. Je vous explique comment ça marche, ce que dit la loi sur le contenu généré par IA, et les quatre choses toutes simples à garder pour être tranquille.
Comment on reconnaît un contenu généré par IA
Une marque que personne ne voit
Commençons par le début. En août, Anthropic, l'entreprise de Claude, annonce que ses nouveaux modèles de langage laisseront une marque dans chaque texte généré. On appelle ça un filigrane, comme sur un billet de banque. Sauf que celui-ci, vous ne le verrez jamais.
Anthropic précise que rien ne sera ajouté au texte. Pas de caractère caché, pas de code invisible.
Alors elle est où, cette marque ? Elle est dans le choix des mots.
Pour comprendre, quand une IA écrit, elle hésite en permanence entre plusieurs mots qui se valent. « La réunion était longue » ou « la réunion était interminable » ? Pour vous, ça ne change rien. D'habitude, c'est le hasard qui tranche. Avec le filigrane, ce n'est plus le hasard, mais une clé secrète. Sur des centaines de mots, ces choix dessinent un motif. Et celui qui possède la clé peut le retrouver.
Ce n'est d'ailleurs pas une invention d'Anthropic. La méthode vient de chercheurs de Google, qui l'ont publiée dans la revue Nature en 2024. Google l'utilise déjà dans son IA, Gemini. Et d'après leurs tests, les utilisateurs ne voient aucune différence de qualité.
Le détecteur voit un passage, pas un auteur
Le filigrane dit « l'IA est passée par là ». Il ne dit pas ce qu'elle a fait. Impossible donc de distinguer un texte écrit par Claude d'un texte que Claude a fortement retravaillé.
Concrètement, ça donne 3 situations.
- Vous demandez à l'IA de corriger vos fautes d'orthographe. Presque tous les mots restent les vôtres, donc il n'y a quasiment rien à détecter.
- Vous lui demandez de restructurer votre texte en profondeur. Là, elle choisit beaucoup de mots à votre place. Votre texte peut ressortir marqué, exactement comme un texte généré de A à Z.
- Vous lui demandez de traduire. Et là, tous les mots de la traduction sont choisis par l'IA. Le texte traduit est donc marqué en entier, même si l'original est entièrement de vous. Si votre organisation publie en plusieurs langues, retenez bien celui-là.
À l'inverse, le filigrane a ses limites. Sur un texte très court, il ne se détecte pas bien. Et si vous réécrivez tout, mot par mot, il disparaît.
Qui a le droit de vérifier ?
Pas tout le monde, pour l'instant. L'outil de détection est réservé à certaines organisations : les autorités de contrôle, les forces de l'ordre, les médias, les fact-checkers (ces journalistes spécialisés dans la vérification des faits), les chercheurs, les écoles et universités, et les associations de la société civile européenne. Anthropic annonce que la liste va s'élargir.
Deux choses rassurantes au passage. Le filigrane ne contient aucune information sur vous, sur votre organisation ou sur vos conversations avec l'IA. Et il ne dit rien sur qui est l'auteur du texte au sens juridique.
Ce que dit la loi : l'article 50
Pourquoi Anthropic fait ça maintenant ? Pas par plaisir. C'est la loi européenne qui l'impose.
L'Europe a adopté un grand règlement sur l'intelligence artificielle, qu'on appelle souvent l'AI Act. Son article 50 parle de transparence, et il s'applique depuis le 2 août 2026. Pour ce qui nous concerne, il contient deux obligations, pour deux acteurs différents. Si vous voulez aller plus loin, la Commission européenne résume ces règles sur une page.
Première obligation : les fabricants d'IA doivent marquer
Ça, c'est le filigrane. Tous les fabricants d'IA qui travaillent en Europe doivent marquer ce que leurs outils produisent. Les nouveaux modèles depuis le 2 août, les anciens au plus tard le 2 décembre 2026. Anthropic s'y est engagé en juillet, avec environ 190 signataires au total.
Autrement dit, d'ici la fin de l'année, ça ne concernera plus seulement Claude. Ça concernera à peu près tous les outils que vos équipes utilisent.
Deuxième obligation : celui qui publie doit signaler
Celle-là, c'est pour vous. Et beaucoup de gens ne la connaissent pas.
Si votre organisation publie un texte généré ou modifié par une IA, et que ce texte informe le public sur un sujet d'intérêt public, vous devez le signaler. Peu importe l'outil que vous avez utilisé.
« Intérêt public », ça veut dire quoi ? La Commission européenne, dans ses lignes directrices, voit large : santé, environnement, droits fondamentaux, sécurité des consommateurs, économie, politique, science. Si vous travaillez dans une association européenne ou une institution, c'est à peu près la liste de vos sujets.
Heureusement, il y a une exception, et elle est de bon sens. Vous n'avez pas à signaler si deux conditions sont réunies : un humain a vraiment relu le texte, et quelqu'un en assume la responsabilité. Attention au mot « vraiment ». Un coup d'œil de trente secondes avant de cliquer sur « publier », ça ne compte pas. La Commission est stricte là-dessus.
Et si on ne respecte pas la règle ? Les amendes peuvent monter jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial.
Je précise que je ne suis pas juriste : pour votre cas précis, demandez conseil.
Le vrai risque, c'est votre réputation
Soyons honnêtes. La règle est toute récente, et ce n'est pas l'amende qui devrait vous inquiéter en premier.
Reprenons la scène du début. Votre équipe écrit une prise de position. Quelqu'un demande à l'IA de la restructurer un peu. Un journaliste la passe au détecteur. Résultat : « intervention probable de Claude ». Et vous voyez le titre d'ici : « Leur prise de position a été écrite par une IA. » Alors que l'IA a juste remis de l'ordre.
À ce moment-là, répondre « mais si, on l'a relu » ne pèse pas lourd. Ce qui compte, c'est de pouvoir le prouver.
Il y a autre chose à savoir : le détecteur donne une probabilité, pas une preuve. Des chercheurs de l'ETH Zurich ont montré en 2024, sur d'autres systèmes de filigrane, qu'on pouvait fabriquer des textes faussement marqués, dans plus de 80 % des cas et pour moins de 50 dollars. Rien ne dit que celui de Claude soit vulnérable de la même façon, mais un texte marqué à tort reste possible en théorie. Raison de plus pour garder vos propres preuves.
Contenu généré par IA : les quatre choses à conserver
La bonne nouvelle, c'est que la solution est la même pour la loi et pour la réputation : pouvoir prouver qui a relu, corrigé et validé. Et franchement, ça ne demande pas grand-chose. Ni logiciel, ni procédure compliquée. Juste 4 informations, classées avec chaque texte que vous publiez.
- La version écrite par votre équipe, avant l'IA. C'est elle qui démontre que les idées viennent de vous.
- Le nom de la personne qui a relu la version finale. Relu pour de bon, ligne par ligne.
- La date à laquelle elle l'a validée.
- Le nom de la personne ou de l'organisation qui signe, c'est-à-dire qui assume la publication.
Où ranger tout ça ? Dans l'historique de votre site, dans un dossier partagé, dans une simple fiche par document. Peu importe. Ce qui compte, c'est de le faire à chaque fois. Un système qu'on applique une fois sur trois ne protège personne.
Un dernier conseil : écrivez noir sur blanc ce que vos équipes ont le droit de faire avec l'IA. Corriger, restructurer, traduire, rédiger un premier jet, ce n'est pas la même chose, et ça n'a pas les mêmes conséquences. Et si un jour vous publiez un texte que personne n'a vraiment relu, la solution est simple : signalez-le.
Ce qu'il faut retenir
Le filigrane ne change pas votre façon de travailler avec l'IA. Il change une seule chose : vous ne pouvez plus affirmer ce que vous ne pouvez pas montrer. Un contenu généré par IA, ou même juste retravaillé par elle, peut maintenant être détecté par d'autres que vous. Et la loi dit que la relecture humaine est ce qui vous dispense de le signaler.
Quatre informations par texte, et vous êtes couvert. Si vous utilisez l'IA sans rien noter, vous n'aurez rien à montrer le jour où on vous posera la question.
Chez Simpl., nous aidons les associations et les institutions à mettre ce cadre en place : un guide éditorial, une validation humaine, une trace écrite. Parlons-en.
Ressources utiles
- Commission européenne : les règles de transparence de l'article 50 en une page. Le meilleur point de départ : qui doit faire quoi, les sanctions, le délai de décembre 2026.
- Commission européenne : les lignes directrices sur l'article 50. Le texte qui précise ce qu'est un sujet d'intérêt public et ce qui compte comme une relecture humaine.
- Le texte de l'article 50 (en anglais), sur le service d'assistance officiel de l'AI Act.
- Le code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par IA (en anglais). La section 2 concerne les organisations qui publient.
- Les icônes européennes pour signaler un contenu généré par IA (en anglais). Utile le jour où vous devez signaler un texte.
- Anthropic : comment fonctionne le filigrane de Claude (en anglais). Les réponses du fabricant, y compris sur la relecture, la traduction et les limites de la détection.
- Google DeepMind dans Nature : l'étude d'origine sur le filigrane de texte (en anglais). Pour ceux qui veulent le détail scientifique.

Nicolas Havenith
Manager
Nicolas Havenith dirige Simpl., agence bruxelloise qu'il a fondée il y a 25 ans. Il conçoit des sites web pensés comme des actifs durables et conformes au cadre européen dont la présence mesurée dans les IA génératives prouve la performance. Il écrit sur l'architecture web, le GEO et la production de contenu encadrée.
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